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Affirmation fallacieuse en période électorale : le candidat aux législatives Tahirou Sarr s’illustre

Source : Photomontage Dubawa

Source : Photomontage Dubawa

Fait : Une publication sur Facebook reprenant une déclaration publique du candidat aux législatives Tahirou Sarr, affirme que le Sénégal aurait interdit aux femmes libanaises d’accoucher sur son territoire. Le candidat Tahirou Sarr affirmait une interdiction d’accouchement pour les femmes noires au Liban et proposait une loi de réciprocité au Sénégal. Mais l’internaute est allé plus loin affirmant que le Sénégal aurait interdit aux femmes libanaises d’accoucher sur son territoire.

TEXTE

Cette publication, diffusée sur la plateforme Facebook le 1er novembre 2024, provient d’un compte nommé « Bouba Bdzo Diarra ». Le texte de la publication est repris dans cet article sans correction des coquilles. Le texte, truffé de fautes, est accompagné d’une vidéo du leader de la coalition « Les Nationalistes Jel Linu », Tahirou Sarr, candidat à la députation au Sénégal. Dans cette vidéo, M. Sarr affirme que « les femmes noires sont interdites d’accoucher au Liban ». Une déclaration qui a rapidement fait ressortir des débats enflammés en ligne et des réactions comme celle sur la publication ci-dessous.

Source : Capture d’écran  de la publication
Source : Capture d’écran  de la publication

Dans son discours, le candidat aux législatives, Tahirou Sarr, propose une mesure controversée : une fois élu à l’Assemblée nationale, il promet de défendre un projet de loi interdisant, en guise de réciprocité, aux femmes libanaises d’accoucher au Sénégal. Ce discours, teinté de xénophobie et relayé massivement sur les réseaux sociaux, alimente des débats dans un contexte électoral déjà marqué par d’autres propositions nationalistes.

Source : Capture de la vidéo issue de Tik Tok
Source : Capture de la vidéo issue de Tik Tok

La coalition « Les Nationalistes Jel Linu » s’est distinguée dans cette controverse. Son leader, Tahirou Sarr, a déclenché de vives polémiques avec ses discours perçu comme « xénophobe », ciblant d’importantes communautés étrangères vivant au Sénégal, provoquant une avalanche de réactions.

Affirmation fallacieuse en période électorale : le candidat aux législatives Tahirou Sarr s’illustre
Affirmation fallacieuse en période électorale : le candidat aux législatives Tahirou Sarr s’illustre

Selon les informations fournies par Meta, l’entreprise qui gère Facebook, le compte « Bouba Bdzo Diarra » est administré depuis Djikoroni, un quartier de Bamako, au Mali. Créé le 12 octobre 2017, ce compte se présente comme étant lié à la « création numérique » et rassemble environ 2 900 abonnés.

Vérification .

L’affirmation relatée dans la publication selon laquelle « le Sénégal vient d’interdire l’accouchement de femmes libanaises au Sénégal » est totalement infondée. Cette déclaration est contredite par les faits : depuis la dissolution de la 14e législature le 12 septembre 2024 par le président Bassirou Diomaye Faye, le pays ne dispose plus d’une Assemblée nationale en exercice pour adopter une telle loi. De plus, aucune mesure législative ou réglementaire n’a été prise en ce sens. Ni décret présidentiel, ni arrêté ministériel n’ont été publiés pour confirmer une telle interdiction, rendant cette affirmation clairement fausse et trompeuse.

Après vérification auprès de plusieurs sources sur la loi libanaise et des recherches sur les politiques libanaises concernant les droits des migrants, il n’existe aucune preuve ou rapport officiel corroborant une interdiction pour les femmes noires d’accoucher au Liban. Bien que certaines travailleuses migrantes, notamment originaires d’Afrique subsaharienne, puissent subir des discriminations ou des abus en raison du système de « kafala ». Ce système ne signifie pas qu’elles sont légalement interdites d’accouchement.

Selon un article scientifique de 2017 dans « hommes & migration », le système de « kafala » ou de parrainage est utilisé dans certains pays du Moyen-Orient comme en Arabie Saoudite, les pays du Golfe et au Liban. Ce système soumet l’employé à une forme de mise sous tutelle de son employeur, limitant sa liberté de mouvements et de choix.

Le système de « kafala » est un « dispositif abusif de parrainage mis en place dans le pays (Liban) », a déploré Amnesty International en 2020. Le contexte de mauvais traitements et d’abus subis par les travailleuses domestiques étrangères au Liban, souvent originaires d’Afrique subsaharienne, est bien documenté. Ce système accorde à l’employeur un contrôle total sur les employées domestiques, y compris sur leur liberté de déplacement et leur vie privée, ce qui expose ces femmes à des abus multiples.

Un article paru dans Le Monde en 2015 indique qu’au Liban, une directive adoptée en 2014 interdit aux travailleuses domestiques étrangères de se marier ou d’entretenir des relations amoureuses. Les employeurs sont tenus de surveiller leurs fréquentations, selon une clause ajoutée à leur lettre d’engagement.

Affirmation fallacieuse en période électorale : le candidat aux législatives Tahirou Sarr s’illustre

Cette mesure, prononcée par les associations de défense des droits humains, vise à limiter l’installation durable des étrangers dans un contexte de « xénophobie croissante », explique l’article. Elle risque d’aggraver des abus déjà documentés, comme les « privations de sorties et les violences ».

Bien que ces abus soient avérés, aucune preuve n’indique une interdiction spécifique liée aux accouchements des femmes noires au Liban. L’affirmation relève donc d’une déformation des faits sans fondement juridique.

Conclusion
La publication de « Bouba Bdzo Diarra » contient des allégations infondées. Les recherches de Dubawa montrent que le Liban n’a pas interdit légalement aux femmes noires d’accoucher sur place. De son côté, le Sénégal n’a pas imposé une interdiction similaire aux femmes libanaises vivant dans le pays.  

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