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Initialement prévue le 25 février 2024, l’élection aura finalement lieu le 24 mars prochain et verra s’affronter dix-neuf candidats, dont une femme.
C’est la fin d’un long épilogue qui aura tenu le Sénégal en haleine durant plusieurs semaines. Après moult rebondissements qui ont notamment occasionné le report de l’élection présidentielle initialement prévue le 25 février 2024 à une date ultérieure, le processus est désormais irréversible. Le scrutin aura bel et bien lieu le 24 du mois en cours.
Par décret n°2024-690 et n°2024-691 du 6 mars 2024, notifiés le même jour au Conseil constitutionnel par lettre n°504/PR/SG, le président de la République a fixé la date de l’élection présidentielle au dimanche 24 mars 2024 et convoqué le corps électoral à cet effet.
Ledit Conseil, qui avait demandé la tenue du scrutin au 31 mars, a jugé que la date décrétée par le Chef de l’Etat est conforme à son exigence de voir le vote avoir lieu avant le 2 avril qui marque la fin du second et dernier mandat de l’actuel Président de la République, Macky Sall.
« Ainsi, le Conseil constitutionnel, comme indiqué dans sa décision n° 6 /E/2024 du 6 mars 2024, n’a exercé ses prérogatives que par substitution, en vertu de son pouvoir de régulation, afin de pallier l’inertie de l’Administration et de satisfaire à l’exigence constitutionnelle de la reprise du processus électoral interrompu, en vue de la tenue du scrutin avant la fin du mandat présidentiel », explique-t-il dans un communiqué diffusé le 7 mars.
Ceci met fin à la confusion sur la date de la présidentielle. Place désormais à la campagne qui a débuté le samedi 9 mars 2024 à minuit et se poursuit jusqu’au vendredi 22 mars à minuit.
Pourquoi un report de l’élection présidentielle à la date du 24 mars ?
Tout a commencé le 3 février 2024. Dans une adresse à la nation ce samedi soir, le président de la République, Macky Sall, réaffirmant sa décision de ne pas se présenter à l’élection, annonce avoir abrogé le décret convoquant le corps électoral le 25 février, en attendant les résultats de la commission d’enquête parlementaire visant à clarifier les conditions dans lesquelles certaines candidatures ont été déclarées irrecevables.
Le 31 janvier, le Parti démocratique sénégalais (PDS) avait en effet demandé et obtenu de l’Assemblée nationale, par 120 voix contre 24, la mise en place d’une commission d’enquête parlementaire après l’invalidation de la candidature de son porte-étendard à l’élection présidentielle, Karim Wade, pour cause de double nationalité.
Le parti de l’ancien président, Abdoulaye Wade (2000-2012), avait émis des accusations de corruption présumée à l’encontre de certains membres du Conseil constitutionnel, chargé de l’examen des candidatures à ce scrutin, et contre Amadou Ba, Premier ministre de l’époque et candidat du pouvoir à cette compétition électorale.
Dans son message radiotélévisé, le chef de l’État a évoqué ce « conflit ouvert », ce « différend » entre l’Assemblée nationale et le Conseil constitutionnel, « sur fond d’une supposée affaire de corruption de juges » pour abroger le décret convoquant le corps électoral.
Il a cependant noté que le Conseil constitutionnel, dans son communiqué du 29 janvier 2024 signé par tous ses membres, « a réfuté les allégations portées contre lui, tout en prenant la mesure de la gravité des accusations et en tenant à ce que toute la lumière soit faite dans le respect des procédures constitutionnelles et légales régissant les relations entre les institutions, notamment la séparation des pouvoirs et le statut de ses membres. »
« À cette situation suffisamment grave et confuse, est venue s’ajouter la polémique sur une candidate dont la bi-nationalité a été découverte après la publication de la liste définitive des candidats par le Conseil constitutionnel », a-t-il dit, ajoutant que cela « constitue une violation de l’article 28 de la Constitution qui dispose que +tout candidat à la Présidence de la République doit être exclusivement de nationalité sénégalaise+. »
Selon le président de la République, ces « conditions troubles pourraient gravement nuire à la crédibilité du scrutin en installant les germes d’un contentieux pré et post électoral. »
« Alors qu’il porte encore les stigmates des violentes manifestations de mars 2021 et de juin 2023, notre pays ne peut pas se permettre une nouvelle crise », sans compter « qu’en ma qualité de Président de la République, garant du fonctionnement régulier des institutions et respectueux de la séparation des pouvoirs, je ne saurais intervenir dans le conflit opposant le pouvoir législatif et le pouvoir judiciaire », a ajouté Macky Sall.
Il a signalé que l’Assemblée nationale, « agissant en vertu de ses prérogatives », l’a saisi, pour avis, conformément à son règlement intérieur, d’une proposition de loi constitutionnelle en procédure d’urgence portant dérogation aux dispositions de l’article 31 de la Constitution.
Le président Sall dit avoir pris acte de « cette saisine après avoir consulté le président de l’Assemblée nationale, le Premier ministre, le président du Haut Conseil des collectivités territoriales, le président du Conseil économique, social et environnemental et le président du Conseil constitutionnel ».
« En conséquence, compte tenu des délibérations en cours à l’Assemblée nationale réunie en procédure d’urgence, et sans préjuger du vote des députés, j’ai signé le décret n° 2024-106 du 3 février 2024 abrogeant le décret n° 2023-2283 du 29 novembre 2023 portant convocation du corps électoral », a annoncé le président de la République.
Il a conclu son adresse en réitérant son « engagement solennel » à ne pas se présenter à l’élection présidentielle, tout en faisant part de sa décision d’engager « un dialogue national ouvert, afin de réunir les conditions d’une élection libre, transparente et inclusive dans un Sénégal apaisé et réconcilié. »
Quatre personnes vont perdre la vie à Dakar, Saint-Louis et Ziguinchor suite aux protestations contre ce report. La commission parlementaire chargée de faire la lumière sur les accusations de corruption contre les juges fera quant à elle long feu puisqu’une information judiciaire sera ouverte suite à une plainte d’un des mis en cause.
Le dialogue national et le rejet des conclusions par le Conseil constitutionnel
Le lundi 26 février s’ouvre le dialogue dit national au Centre international de conférence Abdou Diouf de Diamniadio (Cicad), à une trentaine de kilomètres à l’est de Dakar. Cette rencontre est boycottée par dix-sept des dix-neuf candidats. Seuls Amadou Ba, candidat du pouvoir, et Mahammed Boun Abdallah Dionne, également ancien Premier ministre de Macky Sall, y participent.
Après deux jours de discussions, les participants au dialogue proposent la tenue de l’élection le 2 juin et le maintien au pouvoir de l’actuel président jusqu’à la prise de fonction de son successeur. Le rapport des conclusions de cette rencontre est remis au président le 4 février, qui saisit immédiatement le Conseil constitutionnel pour recueillir son avis.
À l’unanimité, les « 7 Sages » de la haute juridiction rejettent toutes les conclusions du dialogue. Ils affirment notamment que « la fixation de la date du scrutin au-delà de la durée du mandat du président de la République en exercice est contraire à la Constitution. » Ils soulignent aussi que « seuls les 19 candidats retenus par la décision n° 4/E/2024 du 20 février 2024 participent au scrutin. »
Dos au mur, Macky Sall remercie dans la foulée son Premier ministre et candidat à la présidentielle et convoque le corps électoral pour le 24 mars.
Ce même jour, une loi d’amnistie portée par l’Exécutif est adoptée par le Parlement. Elle couvre les événements malheureux qui se sont déroulés entre février 2021 et février 2024 où de nombreuses personnes avaient perdu la vie.
Plusieurs personnes, dont l’opposant politique Ousmane Sonko, son bras droit et candidat à la présidentielle Bassirou Diomaye Faye en ont bénéficié. Ils ont été libérés le jeudi 14 mars 2024. Plusieurs activistes et de détenus politiques ont aussi recouvré la liberté dans le cadre de l’apaisement du climat social et politique.
Voici les dates clés à retenir du processus électoral sénégalais :
- 11 au 26 décembre 2023 : Dépôt des candidatures
- 20 janvier 2024 : Publication de la liste des candidats retenus
- 22 janvier 2024 : Désignation des plénipotentiaires au niveau des préfectures
- 25 février 2024 : date initialement prévue pour le premier tour de l’élection présidentielle
- 24 mars 2024 : date de tenue effective du premier tour de l’élection présidentielle




