Source : AXL (Aménagement linguistique dans le monde) - Université de Laval
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FAIT : Une déclaration attribuée à Aboubacar Camara (consultant en communication très en vue sur les médias) affirme que « plus de 80 % de la population guinéenne parle le soussou ». Cette affirmation a été faite lors d’un épisode du podcast Dissidence, diffusé le 30 octobre 2025. Un extrait de cette séquence a ensuite été repris sur Facebook par l’internaute Lucien Blemou.
VERDICT : FAUX. Les chiffres officiels les plus récents issus du Recensement général de la population et de l’habitat (RGPH3) de 2014, publiés en 2017 par les autorités guinéennes, montrent que le soussou est la troisième langue la plus parlée en Guinée, loin du taux avancé.
TEXTE
Aboubacar Camara est régulièrement présent dans le débat public pour parler de questions linguistiques et identitaires en Guinée. Il défend, dans ses prises de parole et sur les réseaux sociaux, la promotion de la langue et de la culture soussou. Ses interventions s’inscrivent dans une démarche militante en faveur d’un rôle central du soussou dans l’espace national.
Lors de l’épisode du 30 octobre 2025 du podcast Dissidence, dont il était l’invité, il affirme que « plus de 80 % de la population guinéenne parle le soussou », sans citer de source, évoquant ses propres observations. Le podcast Dissidence se présente comme une plateforme donnant la parole à des voix « insoumises », « réfractaires à la normalité » et opposées à une conception qualifiée de figée de la société, un positionnement en cohérence avec les prises de position d’Aboubacar Camara.
Un extrait du podcast est ensuite repris sur Facebook par un internaute nommé Lucien Blemou. La déclaration connaît alors une diffusion élargie au-delà du public initial du podcast, enregistrant plusieurs centaines de réactions, de commentaires et de partages.

Source : publication Facebook de Lucien Blemou, Aboubacar Camara
Ce n’est pas la première fois que des chiffres avancés par Aboubacar Camara suscitent des controverses. En août 2025, Dubawa avait déjà vérifié une publication lui attribuant des pourcentages sur la répartition ethnique en Guinée, une affirmation qui s’était révélée infondée en l’absence de données officielles.
VÉRIFICATION
Les données linguistiques officielles les plus récentes en Guinée proviennent du troisième Recensement général de la population et de l’habitat (RGPH3), réalisé en 2014. Publiés en 2017 dans un rapport d’analyse par l’Institut national de la statistique (INS), ces résultats montrent que le soussou est la troisième langue la plus parlée du pays.
Selon ces données, le pulaar est la langue la plus parlée en Guinée, avec environ 34,6 % de locuteurs. Il est suivi du malinké, qui concerne environ 24,9 % de la population. Le soussou arrive en troisième position, avec environ 17,7 % de locuteurs, très loin du seuil de 80 % avancé dans la déclaration.
Source : RGHP-3 – Institut national de la statistiques (INS)
Cette hiérarchie linguistique est cohérente avec la structure démographique du pays, marquée par une population majoritairement peule, suivie des malinkés puis des soussous.
CONCLUSION
L’affirmation selon laquelle « plus de 80 % de la population guinéenne parle le soussou » est fausse. Les données officielles les plus récentes, issues du recensement de 2014 et publiées en 2017, indiquent que le soussou est la troisième langue la plus parlée en Guinée, avec environ 17,7 % de locuteurs, derrière le pular et le malinké.
