Source : Direction generale des elections (DFE) - 22 mai 2026
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Les Guinéens sont appelés aux urnes ce dimanche 31 mai 2026 pour élire leurs représentants à l’Assemblée nationale ainsi que les responsables des collectivités locales. Ce double scrutin est la dernière étape du cycle électoral engagé par les autorités de transition après le référendum constitutionnel du 28 septembre 2025 et l’élection présidentielle de décembre de la même année.
Présentées par les autorités comme l’ultime phase du retour à l’ordre constitutionnel, ces élections se déroulent dans un contexte marqué par un faible engouement populaire, des appels au boycott de l’opposition et de certaines organisations de la société civile, ainsi que des interrogations sur la participation électorale.
Un double scrutin pour achever la mise en place des institutions
Les électeurs devront choisir les membres de la future Assemblée nationale ainsi que les conseillers communaux qui désigneront ensuite les élus locaux.
Au total, 147 députés vont composer la prochaine Assemblée nationale. Parmi eux, quatre seront élus par la diaspora guinéenne dans les circonscriptions Afrique, Europe, Amérique et Asie conformément au décret présidentiel fixant la répartition des sièges.
Les régions les plus peuplées bénéficieront d’une représentation plus importante. Ainsi, Kankan et Siguiri disposeront chacune de cinq députés, tandis que Nzérékoré, Kindia ou Boké compteront plusieurs représentants.
Les élections communales permettront quant à elles de renouveler les élus locaux dans l’ensemble du pays. Plus de 6,7 millions d’électeurs sont inscrits sur les listes électorales.
La dernière étape du processus électoral de la transition
Pour les autorités, ces élections doivent permettre d’achever le processus de transition engagé après le coup d’Etat intervenu en septembre 2021.
Le référendum constitutionnel du 28 septembre 2025 a conduit à l’adoption d’une nouvelle Constitution. Trois mois plus tard, l’élection présidentielle de décembre 2025 a permis la mise en place du pouvoir exécutif issu du nouveau cadre institutionnel.
Les législatives et les communales doivent désormais compléter l’installation des institutions prévues par la Constitution et permettre le retour de l’ensemble des organes élus de l’État, aussi bien au niveau national que local.
L’enjeu dépasse donc le simple renouvellement des représentants. Le scrutin du 31 mai est présenté comme celui qui doit officiellement clore la transition politique et consacrer le retour complet à l’ordre constitutionnel.
Une campagne perturbée par les fêtes religieuses
La campagne électorale s’est déroulée dans un contexte particulier. La dernière semaine a coïncidé avec deux importantes célébrations religieuses : la Pentecôte et l’Aid adha, communément appelé tabaski en Afrique de l’ouest. Ces événements ont entraîné d’importants déplacements de population vers les villes et villages d’origine. De nombreux électeurs ont quitté les grands centres urbains pour célébrer la fête en famille, soulevant des interrogations sur leur capacité à regagner leurs lieux d’inscription avant le jour du vote.
Cette situation est l’une des principales préoccupations des observateurs, d’autant plus que les campagnes électorales ont déjà semblé susciter moins d’enthousiasme que lors des grands rendez-vous électoraux de la décennie 2010.
Les rassemblements électoraux ont généralement mobilisé moins de monde que lors des précédentes élections nationales. Plusieurs observateurs évoquent une certaine fatigue électorale après deux consultations majeures organisées en moins d’un an.
À cela s’ajoute une compétition jugée déséquilibrée par certains analystes. La coalition présidentielle Génération pour la modernité et le développement (GMD) dispose d’un maillage territorial important alors que plusieurs partis d’opposition historiques ne participent pas au scrutin (UFR de Sidya Touré, UFDG de Cellou Dalein Diallo, RPG de Alpha Condé).
Le taux de participation sera donc observé de près afin de mesurer le niveau d’adhésion populaire au processus électoral.
Des élections sans les principaux partis historiques
L’un des faits marquants de ces élections est l’absence de plusieurs grandes formations politiques qui ont longtemps structuré la vie politique guinéenne. Des partis majeurs comme l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG) ou le Rassemblement du peuple de Guinée (RPG) ne prennent pas part au scrutin après leur dissolution par les autorités en mars 2026.
Malgré l’absence de plusieurs partis historiques, la compétition électorale réunit plusieurs formations politiques et candidatures indépendantes. Selon les chiffres publiés par la Direction générale des élections (DGE), 21 partis politiques ont été provisoirement retenus sur les 28 ayant déposé une liste nationale pour les législatives. Au niveau des circonscriptions électorales, 109 dossiers de candidature ont été validés sur les 150 enregistrés par l’administration électorale.
D’autres formations ont également choisi de se retirer du processus. Le parti Model a conditionné sa participation à la libération de son président Aliou Bah en prison depuis le 26 décembre 2024 , tandis que le Frondeg (Front démocratique de Guinée) avait temporairement suspendu sa campagne avant de revenir dans la compétition.
Cette configuration nourrit les interrogations de certains observateurs sur le niveau de concurrence politique qui caractérise le scrutin.
Appels au boycott et critiques du processus
À l’approche du vote, les appels au boycott se sont multipliés. Les Forces vives de Guinée, qui regroupent notamment des organisations de la société civile et des partis politiques dissous, appellent les électeurs à ne pas participer aux élections.
Dans plusieurs déclarations publiées au cours de la campagne, cette coalition estime que le processus électoral manque d’inclusivité et conteste la légitimité des consultations organisées depuis le référendum constitutionnel de septembre 2025. Les Forces vives dénoncent notamment la dissolution de nombreux partis politiques, l’exclusion de certaines figures de l’opposition et ce qu’elles considèrent comme une restriction des libertés publiques. Elles qualifient les élections du 31 mai de continuité d’un processus dont l’issue serait connue à l’avance et appellent leurs militants à boycotter le scrutin.

Source : Front national pour la défense de la constitution (FNDC) – 30 mai 2026
Au sein de l’Église catholique également, certaines voix ont exprimé leurs préoccupations. Lors d’une messe célébrée à Nzérékoré, l’évêque Raphaël Balla Guilavogui a appelé à préserver le pluralisme politique et à permettre l’expression de toutes les sensibilités du pays. Il a notamment estimé que les élections devaient se dérouler dans la transparence « sans que l’on cherche à taire les voix discordantes ».
Face à ces critiques, la Direction générale des élections a défendu le calendrier électoral et appelé les citoyens à participer au vote malgré les contraintes liées aux fêtes religieuses.
Ce qui est en jeu
Au-delà de la désignation de 147 députés et de 375 maires, ces élections revêtent une portée politique majeure. Elles permettront de mesurer la capacité des autorités à mobiliser les électeurs pour la dernière consultation du cycle électoral de la transition. Elles détermineront également la composition de la première Assemblée nationale issue de la nouvelle Constitution ainsi que les équilibres politiques au sein des collectivités locales.
Mais le principal enjeu réside sans doute dans la légitimité des institutions qui sortiront des urnes. Alors que les autorités présentent le scrutin comme l’aboutissement du retour à l’ordre constitutionnel, ses détracteurs considèrent qu’il se déroule dans un contexte de concurrence politique limitée.
