Illustration: Unsplash/Matt Chesin
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La liberté de la presse est mise à rude épreuve au Mali et au Burkina Faso, deux pays sahéliens marqués par une instabilité politique et l’arrivée au pouvoir de juntes militaires. Les journalistes font face à de multiples défis, notamment des restrictions à leur liberté d’expression, des intimidations et des agressions, et un environnement juridique et politique hostile.
La presse malienne muselée
Depuis la prise de pouvoir du Comité national pour le salut du peuple (CNSP) en août 2021, plusieurs médias maliens subissent une pression croissante de la part des autorités militaires. Les restrictions à la liberté de la presse se sont intensifiées ces derniers mois, atteignant un nouveau pic avec la suspension des activités des partis politiques et associations politiques le 10 avril 2024.
Devant les risques d’arrestations, d’intimidations et de représailles, de nombreux journalistes s’imposent une autocensure croissante, limitant considérablement la diversité des opinions exprimées dans les médias.
De retour d’une mission au Mali, la secrétaire générale d’Amnesty International, Agnès Callamard, s’était inquiétée de la « restriction des libertés individuelles » en cours, « assumée » par Bamako. Elle a expliqué que « des journalistes sont menacés. Certains se cachent. Les gens ont peur, se sentant suivis, écoutés. Il y a toute une culture de l’autocensure qui se met en place. C’est alarmant », déplorait-elle, vendredi 28 octobre, dans un entretien accordé au Monde.
Certains sujets sont désormais jugés sensibles par les autorités maliennes, tels que la transition politique, les critiques envers la junte ou les manifestations de l’opposition, systématiquement censurés. La couverture des événements liés aux partis politiques suspendus est interdite. Une situation qui limite considérablement l’accès à l’information et le débat démocratique.
Burkina Faso : des suspensions de médias à tour de bras
Le Burkina Faso, qui a connu deux coups d’État en 2022, met également une forte pression sur la liberté de la presse. Si la situation semble moins critique qu’au Mali, les journalistes font tout autant face à un climat d’incertitude et à des menaces croissantes. D’ailleurs, les suspensions d’organes de presse s’enchaînent. Neuf sites d’information en ligne ont été suspendus en 48h portant à 13 le nombre total de médias n’ayant plus le droit d’information la population. Sur la liste figurent notamment l’Agence de Presse Africaine et de l’agence Ecofin. Elles restent hors d’accès jusqu’à nouvel ordre pour avoir diffusé le contenu du rapport de l’ONG de défense des droits humains, Human Rights Watch (HRW), concernant l’exécution présumée, par l’armée, d’au moins 223 civils dont au moins 56 enfants, dans deux villages le 25 février.
Un avenir incertain pour la liberté de la presse
Au Burkina Faso tout comme au Mali, l’avenir de la liberté de la presse est incertain. La consolidation des régimes militaires et l’absence de perspectives claires pour une transition démocratique font craindre un durcissement et des restrictions supplémentaires imposées aux médias.
Sans surprise, le Mali et le Burkina Faso sont en baisse dans le Classement mondial de la liberté de la presse publié le 3 mai 2023. La 58e place pour le pays des hommes intègres et la 113e place pour le Mali sur 180 pays.
En 1993, l’Assemblée générale des Nations unies a instauré la Journée mondiale de la liberté de la presse le 03 mai. En 2023, trente médias et organisations professionnelles, notamment des médias burkinabè comme Omega, l’Observateur Paalga, Wakat Sera signent une lettre ouverte dans laquelle ils dénoncent la très forte dégradation de la liberté de la presse au Burkina Faso et au Mali.
Une lettre ouverte dont l’objectif est de soutenir les organisations de défense des journalistes, appuyer les initiatives visant à renforcer la protection des journalistes et faire pression sur les autorités pour qu’elles respectent les engagements internationaux en matière de liberté d’expression.
